Sur la route…

Je ne sais pas si vous avez lu ce chef d’œuvre de Jack Kerouac, le plus français des inventeurs de la Beat Generation. Né Jean-Louis, ce francophone a clairement indiqué que le mot « beat » avait, dans son esprit, autant pris sa signification dans le rythme (et les coups portés aux esclaves) que dans le mot français « béat »…

Mais je m’égare, ce qui, aux yeux de Kerouac et de ses acolytes, était une qualité première…
S’il était attaché à la côte est des États-Unis, où l’appartement de sa mère constituait son premier –et ultime- refuge, Kerouac était fasciné par la côte Pacifique, et la Californie. Il décrivait ainsi Los Angeles, au sud de l’état :

« Quelqu’un avait incliné le flipper de l’Amérique, et tous les dingues dégringolaient comme des boules sur L.A. dans l’angle sud-ouest. »

En une phrase, avec un incroyable talent, la situation est présentée, analysée, résumée….

Loin de moi l’idée de déconseiller à qui que ce soit d’aller visiter cette ville tentaculaire, mais c’est aujourd’hui vers une autre cité californienne, également chère à Kerouac, que nous allons nous diriger, San Francisco.

Surnommé City by the Bay (ou SF pour faire court), cette ville à taille humaine (en termes de superficie et d’urbanisme, comme de population) est depuis le début des années 2000 en cours de gentrification et il faut en profiter rapidement ! Les sociétés de la Silicon Valley attirent en effet de très nombreux talents, payés royalement, qui contribuent à accroitre de façon inconsidérée les loyers, ainsi que les prix de l’immobilier de toute la baie.

Car oui, San Francisco possède une accueillante baie, qui a rendu nécessaire la construction de l’un des plus puissants symboles de la ville, le pont de la Golden Gate.  Cet ouvrage à la couleur flamboyante doit être traversé à pied, il donne ainsi toute la perspective nécessaire pour admirer les collines qui forment l’agglomération dans leur ensemble. Le quartier financier, et ses habituels gratte-ciels, dont l’étrange pyramide de la Bank of America, est construit de façon à ne –théoriquement- pas s’effondrer en cas de tremblement de terre.

Golden Gate

Depuis le pont, le passant peut également porter le regard sur l’île d’Alcatraz, et sa peu glorieuse installation pénitentiaire, aujourd’hui ouverte aux touristes. La visite promet de se mettre dans la peau d’un prisonnier, et d’envisager les conditions de détention d’une époque pas si lointaine, la fermeture ne datant que de 1963. L’île elle-même offre un loisir sans aucun doute plus joyeux, celui de l’observation de la faune, et notamment des oiseaux marins. Un lion de mer pourra également faire partie du spectacle ; ces mammifères marins ne sont pas rares dans le coin, c‘est le moins que l’on puisse dire ! Il est en effet extrêmement facile de les observer au repos sur les pontons flottants du Pier 39, où ils viennent se reposer entre deux sessions de pêche une bonne partie de l’année.

Sea lions

 

Le pont, toujours lui, relie SF à la petite et pittoresque Sausalito, très célèbre également pour sa communauté de maisons flottantes, et donne accès au nord de la Californie, et à sa côte extraordinaire, où alternent mamelons rocheux, bandes de lande et plages de sable fin. Les forêts de sequoias ne sont pas longues à atteindre, il ne faut pas hésiter à sortir de la ville !

San Francisco ne se résume bien évidemment pas à ce pont, et de nombreux autres sites sont à visiter. Si vous avez, comme nous, la chance d’échanger une maison de style victorien située à deux pas de Castro Street, vous vous retrouverez baigné dans la culture gay américaine, qui a prospérée ici, notamment grâce à Harvey Milk, militant et conseiller municipal ayant payé de sa vie la cause qu’il défendait. La rue annonce la (ou plutôt les) couleur, avec cet immense drapeau arc-en-ciel, qui marque l’entrée du quartier.

Castro street

Sinon, vous pourrez porter vos recherches d’échange sur une autre célèbre voie, Lombard Street,

Lombard street

et ses nombreuses épingles à cheveux, facilement accessible en empruntant un non moins célèbre cable car, tout aussi photogénique, et qui permet de voyager autant dans le temps que dans l’espace ! Si vous aimez ce type de voyage, vous pourrez aussi embarquer à bord d’un street car, tramway d’époque qui vous emmènera entre 2 points typiques de la cité, le Ferry Terminal, à l’extrémité de la grouillante Market Street, et le touristique Fischerman’s Wharf.

cable car

 

Les balades au bord de l’eau sont ici pléthore, et je recommande fortement l’agréable, bien que longue, promenade qui va du parc du Golden Gate à celui du Presidio. Au programme, moulin à vent typiquement…. hollandais ( !), longue plage de sable, où gambadent chiens et joggers, où les chars à voiles rivalisent de vitesse avec les cerfs-volants, visite des ruines des anciens bains Sutro, avant de rester bouche bée devant la vue du Golden Gate Bridge ; plus majestueux encore depuis l’ouest que depuis la ville !

Golden gate vu de loin

 

Et si vous avez encore un peu de temps, et envie d’un peu de culture (dans deux des sens du terme !), précipitez-vous vers le Japanese Tea Garden, ou foncez vers le MoMa version californienne, où vous attendra bientôt un musée d’art moderne rénové (si vous ne pouvez patienter, sachez qu’une partie des collections se trouve, pendant les travaux, au musée Granet, à Aix en Provence) !

japanese tea garden

Et si, comme moi, vous aimez également la photographie, jetez donc un œil sur le fantastique ouvrage de Robert Frank, « Les Américains », qui dépeint la vie quotidienne dans les années 50 des classes populaires étasuniennes, où figurent quelques clichés effectués à San Francisco, Californie, et préfacé par un certain… Jack Kerouac, la boucle est bouclée…

Laurent


The Americans by Robert Frank